Elle a pris sa voix calme d’adulte, comme elle faisait déjà enfant
Elle a du repousser ses lunettes sur son nez, surement
Elle a raconté l’histoire dans les moindres détails
Du cercueil en chêne ou merisier avec intérieur capitonné bleu
Comme il aurait aimé
Au prix de l’annonce dans le journal local
Elle était triste
Elle demandait du réconfort
Et moi
Là
Seule
J’essayais de respirer
Tendre une perche, pour amorcer
Se rend-elle seulement compte ?
Et le menton qui se creuse
L’écouter encore
Écouter l’histoire de l’assurance, du notaire, des cartes postales
Ravale ta colère
Silences et soupirs
Elle est venue vers moi
Parce que qui d’autre ?
Elle est venue vers moi, comme j’étais allée vers elle
Dans ce bar sombre
Lui dire
Ce n’était pas un choix
Juste une nécessité
Après toutes ces années
Attendre ce que je veux entendre et qui ne vient jamais
Était-ce une trêve ?
Une autre perche et je ne comprends plus
L’enchainement
Au coup de hache il sera l’heure
De manger sa soupe
Dans la ville la plus laide du monde
L’a-t-elle regardé dans les yeux ?
Quelle voix a-t-elle pris pour lui dire ?
Non, non tout cela ne m’intéresse pas
Cet homme mort je ne le connais pas
C’est le cortège qui m’importe
Ce n’était pas cela que je voulais savoir
Le chêne, le merisier et l’intérieur capitonné
J’avais peur et j’avais tord
Elle avait sa plaie
Bien occupée à la lécher
Elle n’a pas levé la tête
Vers moi
Dans l’encadrement de la porte
Lui a-t-elle souri ?
Aujourd’hui elle était la blessée
Elle peut bien de temps en temps
Elle y a droit aussi
Avoir son deuil comme tout le monde
C’était sa tristesse, toute personnelle
Malgré tout, elle a tout bien fait, bien sûr
Personne n’en doutait
L’assurance, le notaire et les cartes postales
Et elle a raconté dans les moindres détails
Le trajet et la brasserie
Les graviers et les papiers
Aujourd’hui, enfin, elle a son drame à elle
Sur lequel se retourner
Les jours de pluie
Peut-être par pudeur
Elle a rit
Au bip final
Écrasée par l’épreuve
J’ai compris
Elle a juste oublié



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